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Région historique

Bretagne (Breizh) — Blason, drapeaux et héraldique

La Bretagne (Breizh) possède l’une des identités héraldiques les plus singulières d’Europe. Son blason — d’hermine plain — compte parmi les armes les plus simples et les plus célèbres jamais créées : un champ blanc semé de mouchetures d’hermine noires, introduites par Pierre de Dreux vers 1213 et adoptées comme meuble unique par le duc Jean III en 1316. Le drapeau moderne — le Gwenn-ha-du (« blanc et noir »), dessiné par Morvan Marchal en 1923 — marie neuf bandes représentant les évêchés historiques à un canton d’hermine. À leurs côtés, la médiévale Kroaz Du (croix noire) et la devise de l’hermine — Plutôt la mort que la souillure — complètent une tradition héraldique longue de neuf siècles. Cet atlas cartographie 60 pays bretons traditionnels (broioù) et leurs sous-territoires (paouioù), chacun avec son drapeau et son identité.

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Blason de la Bretagne

D’hermine plain.

Deux mots. Aucun meuble, aucune partition, aucun support — rien que la fourrure d’hermine couvrant tout le champ. Rares sont en Europe les armes souveraines faites d’une fourrure seule, sans meuble ni partition ; celles de la Bretagne sont de loin les plus connues.

Blason de la Bretagne — d’hermine plain, la fourrure d’hermine couvrant tout le champ

Blason de la Bretagne — D’hermine plain : aucun meuble, aucune partition, aucun support.

Pierre de Dreux et l’origine (v. 1213)

Pierre de Dreux (Mauclerc) était fils de Robert II de Dreux, lui-même fils de Robert Ier de Dreux, fils de Louis VI de France — donc arrière-petit-fils du roi, et non son petit-fils. Fiancé à Alix de Thouars en janvier 1213 et marié avec elle au printemps 1214, il devint duc de Bretagne par ce mariage. Il brisa ses armes de Dreux (échiqueté d’or et d’azur, à la bordure de gueules) d’un franc-quartier d’hermine, et au fil du siècle suivant l’hermine gagna tout l’écu.

Quatre générations plus tard, en décembre 1316, Jean III abandonna les armes héritées de son aïeul et prit l’hermine plain comme blason définitif de la Bretagne — geste lu depuis comme une prise de distance avec la couronne de France, même si des raisons personnelles semblent avoir davantage pesé.

La devise de l’hermine

La devise la plus attachée à la Bretagne est « Plutôt la mort que la souillure » — en latin Potius mori quam foedari. Elle vient de la légende de l’hermine, qui préférerait mourir plutôt que de salir sa blancheur dans la boue, et elle appartient au duché et à l’ordre de l’Hermine, fondé par Jean IV en 1381, plutôt qu’à un souverain en particulier.

Anne de Bretagne (1477-1514) reprit la devise ducale « A ma vie », ajouta « Non mudera » (« je ne changerai pas ») à celle de l’ordre de l’Hermine, et laissa « Amavi » (« j’ai aimé ») gravé sur le Grand Logis du château de Nantes. Elle fut la dernière duchesse à régner en propre : le duché passa à sa fille Claude de France, et ne fut uni formellement au royaume qu’en 1532.

L’hermine

Ni couleur, ni métal

Le blason européen répartit ses émaux entre métaux et couleurs, puis admet deux choses qui ne sont ni l’un ni l’autre : les fourrures. L’hermine en est une, le vair l’autre. L’hermine, c’est un champ d’argent semé de mouchetures de sable — non pas de l’argent portant des meubles, mais une fourrure, lue comme une matière d’un seul tenant.

D’où vient la moucheture

La moucheture est un geste de pelletier que l’héraldique a recopié sans tout à fait le comprendre. Les fourreurs détachaient le bout noir de la queue de l’hermine et le plaçaient au milieu de chaque peau blanche, au fur et à mesure qu’on les cousait côte à côte, en le fixant par trois barrettes disposées en croix. Ce que dessine le blason, c’est ce montage : une petite croisette haussée aux branches disjointes et irrégulières, les trois du haut très courtes et souvent réduites à des points, le pied généralement patté et terminé par trois pointes. Trois est le nombre courant ; il peut monter à neuf, et très rarement se réduire à une.

Plain, et non semé

Le blason de la Bretagne n’est pas d’argent semé de mouchetures d’hermine mais simplement d’hermine — la fourrure elle-même, d’un bord à l’autre. Les mouchetures sortent des flancs de l’écu au lieu d’y être comptées, et c’est précisément pour cela que ces armes tiennent en un mot. C’est la différence entre un champ couvert d’une matière et un champ chargé d’un motif, et elle explique à elle seule l’allure des armes bretonnes.

La famille des fourrures

Inversez les émaux et la fourrure devient la contre-hermine, de sable semé de mouchetures d’argent. Tachez les mouchetures de rouge et vous obtenez l’herminite. L’héraldique anglaise en ajoute deux : l’herminois, d’or moucheté de sable, et le péan, de sable moucheté d’or. La Bretagne emploie le membre le plus simple de la famille, et en a fait le plus connu.

Drapeaux de la Bretagne

Le Gwenn-ha-du (1923)

Le Gwenn-ha-du (« blanc et noir ») est le drapeau moderne de la Bretagne, œuvre de Morvan Marchal, qui le dessine entre 1923 et 1925. Neuf bandes horizontales d’égale largeur y alternent le noir et le blanc, avec un canton d’hermine au guindant supérieur.

Le Gwenn-ha-du — neuf bandes horizontales alternant le noir et le blanc, avec un canton d’hermine au guindant supérieur

Gwenn-ha-du — Neuf bandes alternant le noir et le blanc, avec un canton d’hermine au guindant supérieur.

Les neuf bandes figurent les neuf pays traditionnels de Bretagne, qui recouvrent pour l’essentiel les neuf évêchés historiques. Les cinq bandes noires sont les cinq pays de Haute-Bretagne, la partie gallèse — Rennes, Nantes, Dol, Saint-Malo et Saint-Brieuc (Penthièvre). Les quatre bandes blanches sont les quatre pays de Basse-Bretagne, la partie bretonnante — Léon, Trégor, Cornouaille et Vannetais. On ne peut pas attribuer une bande précise à un pays précis : la frontière linguistique a bougé au fil des siècles, et le drapeau n’a jamais été dessiné avec cette exactitude.

Le canton porte les mouchetures d’hermine du duché, généralement au nombre de onze, disposées sur trois rangées.

La bannière d’hermine

Le blason lui-même — le champ d’hermine — s’emploie aussi comme drapeau, notamment dans les usages héraldiques et cérémoniels. C’est le plus ancien symbole vexillologique breton, transposant directement les armes ducales sur un drapeau rectangulaire.

La Kroaz Du

D’argent à la croix de sable.

Une croix noire sur champ blanc : le plus ancien des drapeaux bretons, et celui qui a pris la mer.

La Kroaz Du — croix noire pleine sur champ blanc, drapeau historique de la Bretagne

Kroaz Du — croix noire sur champ blanc, drapeau de proportion 3:2.

L’histoire de la croisade, et ce qu’elle vaut

Le récit populaire renvoie la croix noire à la troisième croisade. À la conférence de Gisors, en 1188, les puissances croisées auraient convenu de se distinguer par la couleur de leur croix — rouge pour la France, argent sur rouge pour l’Angleterre, verte pour la Flandre — et les Bretons auraient pris la noire. L’histoire est belle, les sources ne la portent pas : aucun texte, aucune iconographie ne confirme une croix noire bretonne au XIIe ou au XIIIe siècle.

La tradition bretonne remonte plus haut encore, attribuant à Alan IV (v. 1060-1119) le premier drapeau de l’Histoire, une croix noire sur fond blanc. Là encore, c’est une tradition et non une archive — mais elle dit à quelle profondeur les Bretons eux-mêmes situent leur croix.

Ce qui est réellement attesté

L’usage documenté commence au XVe siècle. Une enluminure des Compillations de Cronicques et Ystores des Bretons place la croix noire sur les surcots de combattants bretons ; l’étendard à croix noire figure la prise de Vannes en 1342, puis Saint-Aubin-du-Cormier. Les événements sont des XIVe et XVe siècles — les manuscrits qui les représentent sont postérieurs, et c’est précisément pour cela qu’on ne peut pas faire remonter la chose plus haut.

Un drapeau de mer

La Kroaz Du fut avant tout un pavillon maritime, arboré par les navires bretons qui sillonnaient l’Atlantique. Les portulans l’associent aux mouchetures d’hermine des ducs, les deux signes bretons côte à côte sur la même côte. Après l’union de 1532, des variantes restent en usage à l’Amirauté de Bretagne — charge abolie par Richelieu en 1626, rétablie par Louis XIV, puis abolie de nouveau en 1789.

La cousine cornouaillaise

La Kroaz Du est peut-être à l’origine de la croix de saint Piran, drapeau des Cornouailles : la même croix noire et blanche, dans le pays brittonique juste en face.

Un retour par les ports

Le drapeau est revenu comme il était parti : par la mer. Relancé à la fin des années 1980 par les fédérations maritimes, il a gagné la terre avec les bagadoù, et flotte aujourd’hui à côté du Gwenn-ha-du plutôt que contre lui.

Les pays bretons : broioù et paouioù

La Bretagne se divise traditionnellement en broioù (singulier : bro) — des « pays » historiques correspondant grosso modo aux neuf évêchés médiévaux et à leurs subdivisions culturelles. Chaque bro se subdivise à son tour en paouioù (singulier : paou), de plus petits sous-territoires dotés de leurs propres drapeaux et identités.

Cet atlas cartographie 60 de ces divisions traditionnelles. Cliquez sur un territoire de la carte interactive ci-dessus pour découvrir son drapeau, son histoire et sa place dans la tapisserie héraldique bretonne. Parmi les broioù notables :

  • Bro-Leon — L’ancien pays de Léon, au nord-ouest de la Bretagne, l’une des régions les plus profondément bretonnantes.
  • Bro-Gwened — Le pays de Vannes, où le breton rencontre le gallo à la frontière linguistique.
  • Bro-Dreger — Le Trégor, terre de la côte de granit rose et de l’ancien évêché de Tréguier.
  • Bro-Naoned — Le pays de Nantes, historiquement breton bien qu’aujourd’hui rattaché aux Pays de la Loire.
  • Bro-Roazhon — Le pays de Rennes, siège du Parlement de Bretagne et capitale actuelle.
  • Bro-Sant-Brieg — Le pays de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor.
  • Bro-Sant-Malou — Le pays de Saint-Malo, terre de corsaires et du Clos-Poulet.
  • Bro-Gernev — La Cornouaille (Kernev), cœur de la Basse-Bretagne bretonnante.

Bretagne historique, Bretagne administrative

Cet atlas couvre la Bretagne historique : neuf évêchés, soixante pays, le pays de Nantes compris. Ce n’est pas le même périmètre que la région administrative délimitée en 1956, qui compte quatre départements — Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan — et laisse la Loire-Atlantique aux Pays de la Loire. Le blason et le drapeau de cette région sont sur sa propre fiche.

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Questions fréquentes

Quel est le blason de la Bretagne ?

Le blason de la Bretagne est d’hermine plain — un champ blanc semé de mouchetures d’hermine noires. C’est l’un des blasons les plus simples et les plus reconnaissables de l’héraldique européenne. L’hermine fut introduite par Pierre de Dreux vers 1213 et devint le meuble unique sous le duc Jean III en 1316.

Qu’est-ce que le Gwenn-ha-du ?

Le Gwenn-ha-du (« blanc et noir » en breton) est le drapeau moderne de la Bretagne, dessiné par Morvan Marchal en 1923. Il porte neuf bandes horizontales alternées noires et blanches (figurant les neuf évêchés historiques) avec un canton d’hermine. Les cinq bandes noires figurent les cinq pays de Haute-Bretagne, la partie gallèse ; les quatre blanches les quatre pays de Basse-Bretagne, la partie bretonnante.

Que sont les broioù et les paouioù ?

Les broioù (singulier : bro) sont les « pays » bretons traditionnels — des territoires historiques correspondant à peu près aux neuf évêchés médiévaux. Les paouioù (singulier : paou) en sont les sous-territoires plus petits. Cet atlas en cartographie 60, avec leurs drapeaux et symboles héraldiques.

Qu’est-ce que la Kroaz Du ?

La Kroaz Du (« croix noire » en breton) est le drapeau historique à la croix bretonne : une croix noire sur champ blanc. Son usage attesté remonte au XVe siècle, et il fut arboré en mer par les navires bretons à la fin du Moyen Âge.

Pourquoi l’hermine est-elle le symbole de la Bretagne ?

L’hermine fut introduite dans l’héraldique bretonne par Pierre de Dreux (Mauclerc), devenu duc de Bretagne vers 1213. De cette légende vient la devise du duché et de l’ordre de l’Hermine, « Plutôt la mort que la souillure », comparant le refus de l’hermine de salir sa robe blanche à l’honneur de la Bretagne.

Sources et bibliographie

  • Potier de Courcy, Pol. Nobiliaire et armorial de Bretagne. Nantes, 1862.
  • Jones, Michael. The Creation of Brittany: A Late Medieval State. Londres : Hambledon, 1988.
  • Marchal, Morvan. Le Gwenn-ha-du. Breiz Atao, 1923.
  • Le Menn, Gwennolé. Les drapeaux bretons de 1188 à nos jours. Spézet : Coop Breizh.

Dernière révision par la rédaction d’Emblema Mundi le 18 septembre 2026.

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